Overblog
Editer la page Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Concepts

Quelle est la vision du corps humain en énergétique chinoise ?

Un corps humain français ne diffère pas, à priori, d’un corps humain chinois ! Pourtant les chinois ont une vision bien particulière du corps humain. Au delà de la vision occidentale morcelée, anatomique et physiologique du corps humain, le découpant en organes, tissus, os, nerfs, dermes, associant des systèmes cardio-vasculaire, lymphatique, nerveux, musculaire, endocrinien et appareils digestif, respiratoire…, les chinois définissent le corps humain comme un champ énergétique unifié. Ils considèrent le corps comme une globalité, un système, mais pas n’importe quel système, un système analogue à celui de l’univers ! En partant de l’observation de l’univers, les chinois perçoivent le corps humain intégré dans ce même univers. Ils identifient des systèmes, leur modélisation théorique ainsi que leurs lois de fonctionnement qu’ils appliquent au corps humain à travers la médecine traditionnelle chinoise. En réalité, le corps humain dans sa globalité n’est qu’une partie indissociable de l’univers, représentant l’univers lui-même.

La Chine de l’Antiquité a élaboré un système de pensées fondé sur une compréhension globale de l’univers et de ses phénomènes ; l’homme, partie intégrante de ce macrocosme, doit s’y retrouver en harmonie. L’art médical chinois et, par extension la vision du corps humain qui lui est associée, s’est constitué à partir de cette cosmologie. L’homme et les prémices de l’univers fondent le principe sur lequel s’organise tout phénomène : le taiji. A l’origine est le Dao : vide initial chargé de toutes les potentialités (yin) sur lequel s’inscrit le mouvement (yang). Ainsi apparaît une grille de lecture de l’univers et du mouvement de la vie avec le taiji (yin /yang). Yin est le fond immuable sur lequel yang peut croître. L’univers se définit alors selon la dualité yin /yang, principe complémentaire et opposé. Cependant yin et yang ne sont ni des énergies, ni des substances, il s’agit uniquement d’un critère de division, de classification et de compréhension des objets et phénomènes dont le corps humain fait partie.

L’homme entre Ciel et Terre

L’Homme se situe entre Ciel et Terre, à l’endroit où se croisent les énergies du Ciel et de la Terre ; son incarnation est alors l’expression des principes du Ciel sur la Terre, la confrontation de ces différentes énergies. La médecine chinoise tire ses fondements de ces principes philosophiques : aucun phénomène vital ne peut être analysé en dehors de son contexte universel. Ainsi, la vie humaine repose sur les 3 concepts essentiels ou les 3 trésors (San bao) : Jing (la Terre, essence vitale, trame de vie), Shen (le ciel, la conscience organisatrice d’essence céleste) et Qi (tout ce qui est en mouvement, énergie vitale universelle). Comme une relation permanente existe entre les forces spirituelles et matérielles, ces 3 concepts, en constante relation, ne se détachent jamais de la notion de corp (xing). Dans la vie humaine, le corps ne peut fonctionner sans l’impulsion constante de l’Esprit, et l’Esprit ne peut être considéré que dans le contexte du fonctionnement corporel. Les structures et fonction de l’être humain constituent un ensemble indivisible et interactif, et il est lui-même un élément de l’univers dont il ne peut être dissocié.

Unité intrinsèque de l’organisme

L’unité de l’organisme se réalise d’une part grâce à l’activité coordonnée du Jing, du Shen et du Qi et d’autre part, on constate en médecine chinoise que les manifestations de certaines zones du corps, comme la langue, reflètent la situation de celui-ci dans son ensemble. Cette conception de la physiologie met en évidence que les viscères du corps humain sont étroitement dépendants. Ainsi, il est impossible de comprendre le fonctionnement du corps humain en dehors d’un ensemble indivisible et interactif. A chaque instant, que ce soit l’homme dans l’univers ou bien un organe par rapport à un autre, tout dépend de tout. De même la notion de globalité inclut l’interdépendance entre les facteurs psychologiques et physiques.

Unité de l’homme et de la nature

"L’homme et l’univers se correspondent mutuellement" est un adage courant en médecine chinoise. Ainsi, pour rester en bonne santé, il est théoriquement indispensable d’être ajusté à toutes les influences du monde extérieur : climat, saisons, vent, chaleur, humidité... D’autre part, si pour les chinois "le sentiment géographique" de la terre procède de l’observation des paysages, il en est de même en ce qui concerne leur propre image et ce qui décrit l’organisation du corps humain… Comme un tableau représentant un paysage avec ses mers (chong mai, la mer du sang ; l’estomac, mer des nourritures ; ses rivières, les méridiens où circulent le qi ; ses montagnes, ses vallées, ceux-ci pourront être secs ou débordés, celles-là seront arides ou obstruées, et le médecin mettra toute sa science à réguler les courants (faire circuler le qi), refleurir les paysages (ongles, cheveux,...) et libérer les voies de l’énergie.

Importance du temps en médecine chinoise

Des textes anciens nous révèlent l’importance accordée au temps dans la médecine traditionnelle chinoise :

  • "L’homme relève du ciel et de la terre, il est en correspondance avec les jours et les mois"(Ling Shu 79).
  • "La création de l’homme vient du qi de la terre et du ciel et obéit à la loi des 4 saisons" (Su Wen 25).
  • "Le mouvement naturel du qi est germination au printemps, croissance en été, récolte en automne, conservation en hiver. L’homme devrait adapter son activité à ce mouvement" (Ling Shu 44).

Ainsi l’homme doit-il s’adapter aux différents cycles de la vie, annuel, mensuel, quotidien qui réciproquement ont une influence sur lui. Tout cela montre clairement l’importance que les chinois accordent à la notion de globalité, d’interdépendance. Ainsi, l’objectif de la médecine chinoise est, au delà de la guérison, la restauration d’un vaste équilibre, au sein de l’organisme dans sa globalité et par rapport à l’ensemble de l’univers. YING/YANG

La notion de "système" est fondamentale dans la vision du corps humain. Celui-ci s’exprime à l’aide de la théorie yin/yang qui découle de la notion de qi. Au départ le souffle est "Un" (qi). La tendance naturelle du qi est de se mouvoir ; alors apparaît le "deux",  "yin / yang" c’est l’unité qui engendre la dualité. L’homme s’inscrit alors dans un courant d’énergie : il est une mer d’énergie dans un océan d’énergie.

Bien que cette théorie du yin et du yang ne soit pas spécifique à la médecine chinoise et à la vision du corps humain, elle n’en reste pas moins un pilier fondamental de celle-ci.

De cette théorie peuvent être dégagés différents principes se rattachant à la vision chinoise du corps humain : 
- Tout phénomène, toute chose a 2 aspects : un yin, dont les caractéristiques sont plutôt : bas, intérieur, sombre, froid, humide, lourd, descendant,... et un yang, plutôt haut, extérieur, lumineux, chaud, sec, léger, ascendant... Le yin et le yang sont omniprésents. 
- Rapporté au corps humain, le corps se divisera à l’infini en ces 2 aspects : la tête sera yang, les membres inférieurs yin, l’intérieur du corps yin, l’extérieur yang, la face antérieure yin, le dos yang. La partie intérieure de la main sera yin, la partie extérieure sera yang, la partie intérieure du petit doigt sera yin, l’extérieur sera yang etc. De même pour les viscères : les organes sont yin et les entrailles sont yang. Parmi les organes, certains sont yin, d’autre yang et chaque organe a une partie yin et une partie yang ... Ils s’opposent : ainsi dans le corps humain, la substance est yin, tandis que l’activité fonctionnelle est yang ; le yang s’exprime principalement dans le qi, et le yin dans la matière, ils se limitent mutuellement. 
- Le yin et le yang sont interdépendants : la condition préalable à l’existence de l’un est l’existence de l’autre ; dans l’activité humaine, il n’y a pas d’activité fonctionnelle des viscères si ceux-ci n’ont pas de forme physique : pas d’énergie sans matière et vice versa ; "le yin est à l’intérieur, il ancre le yang ; le yang est à l’extérieur, il est le messager du yin" (Su Wen, 5) 
- L'équilibre yin /yang découle des phases de l’alternance, de phases de croissance et de phases de décroissance des 2 aspects : observation des 4 saisons et des phases du jour et de la nuit (par exemple : l’activité fonctionnelle, yang, dépend de l’alimentation, yin, l’assimilation alimentaire nécessite de l’énergie, croissance du yin et réduction du yang... et inversement).

Les 5 mouvements ou 5 modalités

Poursuivant dans la même direction : la théorie des 5 modalités, qui est le prolongement de la théorie yin / yang, va nous "raconter" plus subtilement l’énergie. Elle fait référence à 5 étapes de la transformation du qi : cycle généré par l’alternance de yin et de yang, correspondant trait pour trait à 5 modes d’expression de la nature. Ces 5 étapes sont symboliquement représentées par le Bois, le Feu, la Terre, le Métal et l’Eau, les 5 éléments. On retrouve une fois de plus l’assimilation de la représentation du corps humain à la nature, au modèle de l’univers. En effet, ces 5 éléments sont les emblèmes qui permettent d’illustrer les aspects spécifiques de l’énergie et les étapes de sa mutation. Ainsi le Feu correspond au yang quand il est à son maximum (yang de yang), l’Eau au yin au minimum (yin de yin), le Bois à l’apparition du yang à partir du yin, le Métal à l’apparition du yin à partir du yang et la Terre représente l’élément central, référence indispensable à toute représentation. Cette théorie est donc une méthode de classification encore plus précise de l’ensemble des phénomènes et du corps humain en particulier. La médecine traditionnelle chinoise associe à ces 5 mouvements 5 organes fonction, 5 viscères, 5 organes des sens, 5 structures, 5 secrétions, 5 émotions, 5 sons…

Voici quelques exemples :
- le Bois, dont les caractéristiques sont la croissance, la souplesse, l’impulsion vitale, mouvement à dominante verticale ascendante spiralée, est associé à la fonction du foie, dont la tendance naturelle est l’expansion. La mise en excès se traduit par la colère, émotion associée… Le foie peut se décliner de la même façon suivant la théorie des 5 mouvements.

- les caractéristiques du Feu sont la production de chaleur et le mouvement ascendant : on lui associe le Cœur.

- la Terre quant à elle, est dans la production et la transformation, ainsi que dans le transport des liquides et des éléments nutritifs (la rate).

- le Métal a des propriétés de malléabilité, dureté et par extension la capacité à trancher, élaguer (le poumon).

- l’Eau humidifie, s’écoule vers le bas, s’accumule et par extension conserve et thésaurise (le rein).

Ces 5 mouvements sont constitués en système, ils sont interdépendants et constamment en relation les uns avec les autres. Ils sont reliés entre eux selon 4 relations : 

- la relation d’engendrement et la relation de domination, qui sont des relations qui permettent l’équilibre

- la relation d’oppression et la relation d’outrage, qui deviennent pathologiques.

Ainsi le philosophe/médecin chinois tire ses principes de ses observations du monde de la nature. Pareil au soleil qui prend son essor dans la nuit, qui brille de plein feu à midi et qui décline jusqu’à minuit, il détecte un mouvement ascendant puis descendant avec ses points de transformation. A partir de là, il définit un système de fonctionnement de l’univers qu’il rapporte à l’homme en interaction avec son milieu. C’est la théorie du yin/yang qui, déclinée en 4 saisons et 5 changements racontent l’énergie. Tout comme les 4 saisons rythment l’énergie au cours de l’année, celle-ci rythme le quotidien de notre corps par ses cycles de montée d’énergie, de croissance, de collecte et de conservation. A l’inverse de certains modèles bio-médicaux, la perception chinoise de l’être humain est celle d’un champ (ou système) énergétique intégré, qui tel un cosmos en miniature, englobe chaque parcelle de notre corps, chaque micro pulsion de notre système nerveux ainsi que chaque pensée de notre état émotionnel.

Ainsi, la " mobilisation " de l’énergie prend un sens profond. En pratiquant le qi gong, nous nous livrons à une activité qui influence tout notre être.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :